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Deux personnes condamnées pour leur implication dans T411, le site de torrents le plus visité de France
Pendant l’été 2017, les forces de l’ordre françaises ont réussi un grand coup en fermant T411, un tracker de torrents semi-privé populaire comptant plus de cinq millions de membres enregistrés.
Le site, destiné à un public francophone, était depuis un certain temps dans le viseur des détenteurs de droits. Après avoir évité la justice à plusieurs reprises, le rideau est finalement tombé.
Après l’annonce de la chute du site, il est apparu que tous les personnes impliquées dans son fonctionnement n’étaient pas françaises. Le principal suspect se trouvait au Canada et l’administrateur système était ukrainien. Plusieurs suspects français ont également été identifiés, mais ils étaient principalement considérés comme des modérateurs.
Aujourd’hui, plus de six ans après la fermeture de T411, L’Informe rapporte que le tribunal correctionnel de Rennes a condamné les deux principaux suspects à des peines de prison et à des dommages-intérêts sans précédent, s’élevant à près d’un quart de milliard d’euros.
Trois ans de prison et des dommages-intérêts massifs
Dans un jugement historique, le tribunal a ordonné au créateur canadien du site de torrents, M. Jolicoeur, de purger une peine de trois ans de prison et de payer une amende de 150 000 euros (158 000 dollars). Le défendeur n’était pas présent au tribunal et un mandat d’arrêt a été délivré, que les autorités canadiennes devront exécuter.
De plus, le tribunal a accordé des dommages-intérêts sans précédent de 489 millions d’euros (516 millions de dollars) aux détenteurs de droits. Il s’agit de la plus importante somme de dommages-intérêts jamais accordée à des exploitants de sites pirates. Pour comparaison, les fondateurs de The Pirate Bay ont dû payer des dommages-intérêts d’un montant inférieur à sept millions d’euros.
Le montant de cette affaire semble être basé sur le nombre total de téléchargements qui ont pu être retracés jusqu’au site. L’accusation a comptabilisé plus de 190 000 torrents, qui ont généré plus de 270 millions de téléchargements dans différentes catégories.
Les films et les séries télévisées étaient de loin les plus populaires, ce qui explique pourquoi la majeure partie des dommages-intérêts, soit 471 millions d’euros, revient aux sociétés de l’industrie cinématographique, dont Warner, Pathé, Gaumont, UGC et Film24. Les 18 millions d’euros restants sont attribués au groupe de musique français SACEM.
18 mois de prison pour l’administrateur système ukrainien
En plus du principal suspect, le tribunal a également condamné l’administrateur système de T411, M. R.V., qui a déjà partagé sa version des faits avec nous.
R.V., qui vit désormais en Suède, était présent lors des audiences et a été condamné à 18 mois de prison, dont 13 avec sursis. L’administrateur a déjà purgé cette peine en détention provisoire et reste donc libre.
Le tribunal a également tenu l’administrateur système responsable de 30 % de l’indemnisation, soit plus de 146 millions d’euros au total. Il s’agit pratiquement d’une condamnation à vie sur le plan financier, ce qui constitue une énorme déception.
S’exprimant avec nous, R.V. déclare qu’il fera appel du jugement. Il qualifie le montant des dommages-intérêts d’anormal et ajoute avec un peu d’ironie qu’il vaut mieux qu’il démissionne de son emploi si cela est confirmé.
« Je ne vais pas payer, mais même si je suis contraint de le faire, je démissionnerai de mon emploi et vivrai des allocations sociales pour les chômeurs. Sinon, il faudra que je travaille pendant 3 500 ans pour payer une telle amende », déclare R.V.
R.V. souligne également que la défense n’a pas eu l’occasion de contester le calcul du montant des dommages-intérêts, ce qui sera probablement soulevé lors de l’appel.
Peines modestes pour les modérateurs
En plus du fondateur et de l’administrateur système du site, le tribunal a également condamné plusieurs modérateurs français de T411. Les cinq prévenus doivent verser 250 euros chacun à tous les détenteurs de droits mentionnés.
L’Informe rapporte que les autorités ont commencé à enquêter sur le site en 2015. Elles ont finalement pu identifier les suspects en recoupant leurs comptes PayPal, leurs adresses IP et leurs coordonnées bancaires.
Pour les détenteurs de droits et les forces de l’ordre françaises, ces condamnations constituent une grande victoire, mais leur travail n’est pas encore terminé. Peu de temps après la fermeture de T411, YggTorrent a pris sa place et, malgré plusieurs tentatives pour le fermer, le site est toujours en ligne aujourd’hui.