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Cloudflare sous pression pour faciliter l’accès à une plateforme de musique pirate
Cloudflare, un service d’infrastructure Internet populaire, a été confronté à de nombreuses pressions de la part des détenteurs de droits d’auteur ces dernières années.
L’entreprise propose ses services à des millions de clients, notamment des multinationales, des gouvernements, mais aussi à certains des principaux sites de piratage du monde.
Cloudflare doit arrêter de soutenir les sites de piratage
Les sites de piratage ont été un véritable casse-tête pour Cloudflare et ont entraîné des poursuites judiciaires à l’encontre de cette entreprise technologique basée à San Francisco. Cela inclut une affaire en Allemagne, où la filiale locale d’Universal Music a poursuivi en justice Cloudflare pour avoir offert ses services au site de piratage DDL-Music.
Au départ, le procès n’a pas fait beaucoup de bruit, mais lorsque Cloudflare a affiché une erreur « 451 » aux utilisateurs de DDL-Music début 2020, il était clair que quelque chose n’allait pas. Le code d’erreur 451 est rare et est généralement réservé aux cas où le contenu est rendu inaccessible pour des raisons légales.
Dans ce cas, Universal a obtenu une ordonnance de référé contre Cloudflare, obligeant l’entreprise à cesser de fournir ses services au site de piratage. En cas de non-respect de cette ordonnance, Cloudflare aurait pu être condamné à une amende pouvant aller jusqu’à 250 000 euros (274 000 dollars) ou, pire encore, le directeur général de Cloudflare aurait pu être condamné à une peine de prison pouvant aller jusqu’à six mois.
Cloudflare s’est conformé à l’ordonnance mais a fait appel de l’affaire. L’affaire a finalement été portée devant la Cour régionale supérieure de Cologne, qui a rendu une décision mitigée plus tôt ce mois-ci.
Décision mitigée de la Cour supérieure
Dans sa décision, la Cour a confirmé que Cloudflare devait agir contre le site de piratage manifestement contrefaisant, rejetant les préoccupations de Cloudflare selon lesquelles cela pourrait entraîner un blocage excessif. Selon le jugement, DDL-Music n’a d’autre but que de partager de la musique piratée et Cloudflare joue un rôle central dans la mise à disposition du site.
La décision sera une déception pour l’entreprise d’infrastructure Internet, mais il y a aussi une note positive. En plus de cesser ses services à DDL-Music en tant que client, Universal voulait également que Cloudflare bloque le site sur son résolveur DNS public 1.1.1.1.
La cour de Cologne a conclu qu’un blocage DNS serait aller trop loin, car le DNS de Cloudflare ne joue pas un rôle central dans la mise à disposition du site. D’autres fournisseurs de DNS font la même chose.
« Le résolveur DNS du défendeur ne joue pas un rôle ‘central’ pour garantir que l’album de musique litigieux puisse être librement partagé sur Internet. L’utilisation du résolveur DNS du défendeur n’était ni nécessaire pour trouver l’adresse IP via le nom de domaine, ni pour faciliter l’accès », écrit la cour.
« Le nom de domaine pourrait être résolu en adresse IP aussi facilement avec n’importe quel autre résolveur DNS. Le résolveur DNS public 1.1.1.1 du défendeur n’est qu’un parmi de nombreux résolveurs DNS librement accessibles, le plus connu et le plus utilisé étant le résolveur DNS public de Google, 8.8.8.8. Le résolveur DNS du défendeur n’a donc aucune importance significative pour l’accessibilité du contenu contrefait du domaine litigieux. »
Le verdict établit que les fournisseurs de DNS opèrent de manière purement passive, automatique et neutre. Cela les distingue des hébergeurs ou des services de CDN, qui peuvent être tenus responsables en vertu de la loi allemande sur les télécommunications (TMG) et du droit de l’UE.
La frontière du blocage DNS
La décision de la Cour régionale supérieure de Cologne est importante, et pas seulement pour Cloudflare. Après que de nombreux pays ont établi que les sites de piratage peuvent être bloqués par les fournisseurs d’accès Internet, les détenteurs de droits d’auteur cherchent à étendre ces obligations à d’autres acteurs de la chaîne d’intermédiaires.
Dans ce cas, la Cour a établi que les services CDN peuvent être tenus responsables, mais a fixé une limite pour les résolveurs DNS. Cela pourrait s’avérer important pour Quad9, un résolveur DNS qui est confronté à une bataille juridique similaire en Allemagne.
Le problème ne se limite pas à l’Allemagne. Une ordonnance similaire d’un tribunal en Italie oblige Cloudflare à bloquer l’accès à trois sites de piratage via son résolveur DNS public.
Ces ordonnances judiciaires et d’autres à venir établiront des précédents importants. Cependant, l’effet direct de la récente décision allemande est plutôt limité. Comme le note à juste titre Tarnkappe, DDL-Music est hors ligne depuis 2021, il n’est donc pas nécessaire de le bloquer.
Heise rapporte que l’Association fédérale de l’industrie musicale allemande (BVMI) est néanmoins satisfaite du résultat, car cela montre que Cloudflare joue « un rôle central dans la mise à disposition de contenu illégal ».
Selon René Houareau, directeur général des affaires juridiques et politiques du groupe musical, cette décision envoie « un signal supplémentaire contre l’utilisation illégale d’enregistrements musicaux en renforçant la responsabilité en tant que véritable responsable ».